Une histoire de peu de mots

Le court métrage Solo Rex, malgré quelques accrocs, séduit par son aspect tout aussi original que débonnaire. Les acteurs Wim Willaert et Lucas Moreau, imprégnés par leurs personnages, les rendent tellement attachants qu’on ne peut que se laisser embarquer dans cette cocasse histoire.

Solo Rex

Le premier court métrage de fiction de François Bierry, Solo Rex, a été de nombreuses fois récompensé lors de compétitions internationales (festival du Film de Cabourg, Milano Film Festival…) À raison !

Dès l’ouverture du film, avec la scène représentant un quadragénaire, accompagné d’une jument, coupant des poteaux électriques à l’aide de sa tronçonneuse défectueuse ou celle d’une fanfare en pleine représentation chevauchant des tandems, le réalisateur donne le ton : un univers décalé implanté dans un décor paisible. Le spectateur comprend alors qu’il entre dans un monde où l’insolite peut se croiser à chaque coin de rue.

Ce court métrage belge met en scène deux marginaux, deux êtres que tout oppose : le premier, Erik, homme bourru, porté sur la bouteille, sans réel but dans la vie et le second, Kevin, adolescent freluquet et timide qui espère impressionner une jeune clarinettiste avec l’aide, quelque peu forcée et maladroite, de son nouveau comparse. Aussi fascinant que déroutant, ce drôle de duo aura très vite fait de séduire les spectateurs. D’un côté, ces derniers sera envahi d’un désir — inassouvi — de voir l’image se mettre en mouvement, d’assister à plus d’interactions entre les habitants de cette bourgade. Mais, de l’autre, l’envie de savoir la fin le consumera plus encore : Erik et Kevin vont-ils se lier d’amitié ? Quel rôle joue cette jument ? Ce Don Juan en herbe réussira-t-il à parler à la fille de ses rêves ?

Grâce à cet attachement évident pour les personnages, on passera outre à quelques inconvénients tels que des moments inutilement plus lents ou certaines répliques inintelligibles en raison de l’accent néerlandophone fort prononcé de l’acteur principal, Wim Willaert, perdu au milieu d’un village champêtre francophone. Bien que la transition phonétique soit parfois brutale, on ne peut qu’applaudir le jeu de cet acteur dont on avait déjà pu apprécier le talent dans d’autres productions belges telles que Marina ou encore Hitler à Hollywood.

Et même s’il faut s’habituer, dans un premier temps, aux plans rapprochés statiques où les acteurs fixent avec intensité la caméra, on finit par adhérer à cette forme de narration. On comprend par la suite que ce choix artistique a pour objectif de souligner les expressions de leurs visages et la déroute qui les habite. En effet, à demi-mot et par des ellipses narratives, on interprète la philosophie des personnages et leur ressenti de manière bien plus profonde que si l’on avait assisté à d’interminables dialogues. Le rythme du film permet également d’apprécier les scènes colorées et les grands espaces campagnards où elles ont été jouées.

Autrement dit, même si ce récit ne marquera pas à long terme les esprits par une histoire rocambolesque ou un suspense intense, on passera un agréable moment, ravi d’accompagner les deux protagonistes et leur canasson dans leur cheminement intérieur.

Morgane Cleymans

Solo Rex
de François Bierry
avec Wim Willaert, Lucas Moreau, Garance Marillier
Belgique, 2014
23′
Fiche du film sur le site du FIFF