Quand le western rencontre le plat pays

Le cinéma regorge de réalisateurs aux univers insolites, peuplé de personnages surprenants… C’est bien dans cette veine que s’inscrit Solo Rex, court métrage aux situations cocasses présenté au FIFF en compétition nationale. Ayant déjà écumé les festivals internationaux, de la Grèce à l’Allemagne, en passant par le Canada, ce film de François Bierry plaît, comme en témoignent ses nombreux prix récoltés. Une histoire bien belge, imprégnée du surréalisme caractéristique du pays, qui plante son décor en pleine campagne hainuyère et qui offre au bougre flamand, Wim Willaert, un rôle en or !

Solo Rex

Solo Rex raconte l’étonnant rapprochement d’un marginal bougon et d’un jeune homme effacé.

Précisons-le tout de suite, si vous recherchez un court métrage belge lourd de sens et plutôt étiqueté auteuriste, passez votre chemin. Car Solo Rex, ce n’est pas ça… Solo Rex, c’est avant tout une fiction, une comédie absurde mais désopilante.

Archétype du cow-boy terreux et bourru, Erik arpente les plaines belges avec sa tronçonneuse cinquantenaire et, pour seule moyen de locomotion, sa jument, depuis qu’il n’a plus son permis de conduire. Également pilier de comptoir, notre héros, ou plutôt antihéros, va rencontrer Kevin, conducteur dans la fanfare cycliste du village. Effacé et maladivement timide, le jeune homme est également fou amoureux de Juliette, la belle clarinettiste du groupe. Ces deux personnages que tout oppose vont pourtant se rapprocher indéniablement. Tous deux ont besoin d’aide, Kevin pour conquérir le cœur de sa belle et Erik pour remplir quelque peu le vide de sa vie. Et étrangement, la greffe va prendre et les deux complices vont apprendre ensemble la vie ; l’un conseillant l’autre en amour qui en retour lui offre sa présence.

Une tronçonneuse, un atelier sombre et assez glauque, un vrombissement brutal : c’est ainsi que s’ouvre Solo Rex, assez subitement.

Pendant un court instant, le doute s’installe : que va faire cet homme ? Va-t-il tuer quelqu’un ?

Pourtant, le titre du générique aussitôt disparu, toutes les ambiguïtés s’effacent, et le rire est déjà au rendez-vous. Provoqué par l’absurdité de ce qui suit : un bûcheron tronçonnant des poteaux électriques au beau milieu de nulle part. La situation est cocasse, pourtant il ne faut pas s’en étonner ; après tout, c’est un film belge ! Le décor est très vite planté, et l’on sait maintenant à quoi s’attendre.

Néanmoins, tout se déroule avec une efficacité d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’une première réalisation. Efficacité présente dès le début, puisque le spectateur se trouve immédiatement happé par cette histoire plutôt singulière. Mais une efficacité sensible également dans la forme. En effet, Bierry alterne avec brio les plans rapprochés, mettant en valeur les visages des acteurs, et les larges plans dont on ne se lasse pas, et qui magnifient les vastes plaines belges. À cela s’ajoute la caractérisation de personnages tous plus typés les uns que les autres, bien soutenue par la direction d’acteurs. Aucun détail n’est laissé au hasard, et chaque scène est jouée de manière subtile, que ce soit par Wim Willaert ou Lucas Moureau qui, malgré son jeune âge (seize ans), montre déjà une belle maturité. Voilà un duo d’acteurs qui fonctionne plutôt bien à l’écran. La relation compliquée entre les deux personnages est bien rendue, que ce soit dans les dialogues mais également et surtout dans les jeux de regards qui ne font que renforcer le comique déjà présent dans certaines situations.

Dernier point non négligeable : la bande-son. Elle allie adroitement une musique country un peu vieillotte avec une musique de fanfare entraînante. Le résultat est, au début, assez inattendu, mais au final, tout se tient.

François Bierry réussit à transporter le spectateur dans un monde curieux, et ce n’est pas donné à tous les réalisateurs, encore moins dans un format d’à peine vingt minutes. Il signe avec Solo Rex un court métrage à l’ambiance tout à fait singulière, qui n’est pas sans rappeler le récent et très remarqué Welcome de Pablo Munos Gomez, également avec Willaert au générique.

C’est donc pari tenu pour ce jeune réalisateur travaillant pour la chaîne de télé locale Canal C. Il se trace déjà un bel avenir dans le monde du cinéma et il n’y a plus qu’à espérer le retrouver rapidement sur nos écrans, avec, pourquoi pas, un long métrage.

Alizée Seny

Solo Rex
de François Bierry
avec Wim Willaert, Lucas Moreau, Garance Marillier
Belgique, 2014
23′
Fiche du film sur le site du FIFF