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Le Vertige des auteurs
Écrit par Georges Flipo   
02-05-2007
Active ImageGeorges Flipo
Le Vertige des auteurs
Bordeaux, Castor Astral, 2007
Roman, 280 pages

Y aurait-il plus de gens qui écrivent que de gens qui lisent ? On le croirait volontiers face à la pile de manuscrits en souffrance chez les éditeurs. Sans parler de la production pléthorique qui surcharge les tables des libraires.

Jean-Marie Laclavetine (Première ligne, Gallimard, 1999) et tant d’autres ont relaté l’odyssée de l’aspirant écrivain. Georges Flipo, qui a reçu à deux reprises le prix de la nouvelle lié à la Fureur de lire avant que l’ensemble de nouvelles intitulé L’étage de Dieu, Douze nouvelles à la gloire de la libre entreprise (Jordan Editions, 2006) soit  couronné par le Furet du Nord, raconte lui aussi, sur le mode aigre-doux puis de plus en plus aigre, cette épopée bouffonne. Il y met le savoir-faire d’un publicitaire de métier, au courant des ficelles, des leurres et des déboires.
Développant l’argument d’ « Un écrivain est né », une des nouvelles de cet ensemble publié très peu de temps avant le roman, il retrace les étapes de l’aventure tragi-comique de Sylvain Vasseur. L’anti-héros se découvre écrivain en puissance le jour de son départ forcé à la retraite : interrogé sur ses projets, il invente ce talent caché ; dès lors la machine se met en route tant dans son esprit que dans celui du patron appelé Dieu. Femme et amis paieront les frais de cette lubie, mais Arlette, l’épouse, aura vite fait de suivre sa propre pente, bénéficiant d’un jeune amant rencontré lors de vacances qui devaient être fécondes pour l’écrivain !
Sylvain ne se doute de rien, pas plus qu’il n’entend malice aux lettres-types des éditeurs harcelés, analogues cependant à celles que lui–même adressait aux clients mécontents de sa compagnie aérienne. La parodie se fait de plus en plus cruelle au fil des pages ; l’humour grinçant atteint son apogée au moment de la mise à mort lors de l’émission télévisée qui l’a choisi comme bouc émissaire. Sa détresse médiatique pourrait lui valoir enfin la publication si un accident fatal n’en décidait autrement.
L’auteur communique au lecteur le vertige de l’apprenti écrivain engagé dans la course d’obstacles de l’édition entre son point de départ - la main qui écrit - et le point d’arrivée - la reconnaissance d’un public. Le parcours du combattant jalonné de passages obligatoires, de souffrances et d’humiliations est traité sur un rythme de plus en plus soutenu jusqu’à la chute.
Georges Flipo a le sens de la formule et du raccord adroit d’un univers à l’autre. Il mène son récit tambour battant, sans compassion à l’égard de ces « gueux » qui échangent leurs malheurs et poursuivent leur chimère. De son côté, le lecteur rit jaune, désemparé de ne pouvoir s’identifier à un héros pitoyable par sa naïveté, son égocentrisme et sa vanité.
L’histoire habile d’un vertige, la description documentée d’une obsession destructrice car le vrai drame, c’est que Sylvain n’a rien à dire ni à écrire.

Colette Nys-Mazure

 
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