Aïssa

À l’image de son héroïne, le court métrage de Clément Tréhin-Lalanne est laconique. Aïssa entre dans un hôpital et y est guidée jusqu’à un cabinet. C’est une jeune fille d’apparence africaine, congolaise nous affirmera-t-elle par après. Elle se révèle très silencieuse, ne prenant la parole que pour répondre succinctement aux questions que lui pose le médecin chargé de l’examiner. Elle affirme avoir dix-sept ans et être stagiaire esthéticienne. Au cours de l’examen, son intimité corporelle nous est dévoilée par la caméra d’une manière paradoxalement assez pudique. La voix du docteur, qui décrit dans tous ses détails le physique harmonieux d’Aïssa, envahit alors la bande sonore jusqu’à y devenir omniprésente. Le compte rendu est enregistré sur un magnétophone, à destination du service de l’immigration d’un commissariat de police. L’identité de la jeune fille est en effet remise en question : elle dit ne pas posséder de papiers, et les constats réalisés lors de l’examen médical laissent penser qu’elle serait plus âgée que ce qu’elle prétend être.

Si l’on fait connaissance avec son corps, sans autre forme de procès, dès le début du court métrage, Aïssa reste jusqu’à la dernière minute un personnage dont le tempérament et l’histoire demeurent inaccessibles. Et il semblerait que ce soit précisément le sujet qui est ici abordé ; avec la brièveté et l’efficacité d’un haïku, le film pose la question de l’identité et de son rôle dans la société.

Aïssa est docile, taiseuse, et aucune émotion ne transparaît dans son attitude lorsque le docteur, avec une rigueur protocolaire, enregistre que son développement corporel est celui d’une personne de vingt ans, ou lorsqu’il donne les détails de son anatomie intime. Cette impassibilité perdure jusqu’à ce qu’elle quitte le cabinet, à moitié rhabillée, avec une hâte qui pourrait traduire une certaine angoisse. On ignore pour quelles raisons Aïssa a été soumise à un examen médical, et la fin ouverte du court métrage ne nous donne pas davantage d’informations sur l’identité de ce personnage taciturne.

Camille Dasseleer

Aïssa
de Clément Tréhin-Lalanne
avec Manda Touré et la participation de Bernard Campan
France, 2013
8′
Fiche du film sur le site du FIFF